Le 3 Biliose An 1 (L'échanson Bordeaux)

Je ne pensais pas qu'écrire des chansons me conduirait là, un jour.

Pourtant j'y suis et j'entends des rires. Tout le problème est de savoir si ces abrutis rient de moi ou si ce public de choix rit du plaisir qu'il a à m'ouïr.

Difficile de juger étant donné que je garde la tête baissée et les yeux fermés, ne les ouvrant que pour vérifier la position de ma main gauche sur le manche... (gauche, manche, ça démarre mal...)

C'est Pierre et Monique qui m'ont forcé. Marianne n'existe pas encore, et c'est tant mieux pour ce public d'abrutis parce qu'un ou deux se seraient déjà fait casser la figure dans la ruelle derrière ce petit bar Bordelais où je me produis actuellement sur scène pour la première fois de ma vie.

Comment pourquoi un timide maladif comme moi peut-il se retrouver là à chanter devant des gens assis et totalement inconnus? Alors que je suis incapable au restaurant de demander des cigarettes au serveur (la simple idée d'avoir à m'adresser à quelqu'un me faisant d'ailleurs souvent renoncer à entrer dans un restaurant) ?

Au bout du compte, il paraît, Pierre et Monique me l'ont dit, que le public riait à mes chansons drôles, souriait à mes chansons fines et se mouchait discrètement à mes chansons tristes.

Je ne sais pas si je dois les croire car ils sont mes amis.

Comme ils sont mes amis, je les crois.

Quelle belle soirée. J'ai vomi dans la ruelle.

Suis-je fait pour la chanson?

La suite prouvera que non.