Reverbaire an III - Hall des sports de Larbey.

Il y a un décalage.

Je joue quasiment à domicile mais décalé.

Eric et son équipe de jeunes Larbey(ais?) ont tout préparé avec efficacité et enthousiasme. "Sûr qu'un jour on aura une vraie salle de spectacle*,  bon pour l'instant on va te faire jouer dans la salle de basket, mais on va arranger ça pour le mieux."

Et c'est vrai que tout est arrangé pour le mieux.

De façon à ce que le public puisse distinguer les mots

("c'est le plus important, hein ?") on a disposé le premier rang de spectateurs à 30 mètres de la scène. Pile au centre de la salle parce que c'est là que le son qui rebondit sur le mur du fond est le moins distordu, enfin en tout cas pour les deux premiers rangs de chaises. 

J'entr'aperçois le maire de Mugron, mes parents, mon ancienne institutrice, mes cinq frères et soeurs... J'ai l'impression qu' eux m'aperçoivent aussi. Ma mère me fait des petits signes, d'encouragement je crois, je plisse un peu les yeux, non difficile d'être sûr, je crois qu'elle montre son oreille droite avec insistance. Elle doit me dire qu'il faut forcer le son. Ou alors le baisser.

Je me branche sur automatique et j'enchaîne les soixante quatorze dernières chansons de mon récital spécial je joue chez moi.

Le décalage fait que les gens applaudissent ma chanson précédente alors que je suis déjà au deuxième couplet de la suivante.

Je ris quand ils pleurent, Ils pleurent quand je ris, maman si tu voyais ma vie.

Je vois ça comme une parabole.

Il y a un décalage. Il y a de la réverbération entre le monde et moi.

Quand je publie un vinyle, on passe au CD.

Quand à la fin du millénaire j'arrête épuisé, c'est le revival de la chanson française avec plein de mots dedans.

J'entends des bravos qui ne sont pas encore applaudis. Je dis des mots qui sont des étoiles éteintes depuis longtemps. J'entends des notes jouées par d'autres bien avant.

Le spectacle est fini et le cantonnier de Larbey qui aide à ranger les chaises, tard quand presque tout le monde est parti, me parle de Brassens et de tous les autres chanteurs qu'il aime. Quand je trouve quoi lui dire, mon émotion, mes remerciements, c'est trois secondes trop tard. Il est déjà parti.

Il y a un décalage.

 

 

 

 

* Eric deviendra d'ailleurs maire de Mugron où il fera construire une très belle salle de spectacle avec un son parfait...