La prophétie du Maird’Hinx. (XX Tractidor An XII. Grandsald’Hinx)

Il y a au moins deux cents bambins et enfants d’âges divers qui s’égayent un peu partout dans la Grandsald’Hinx.

Tout ça chante accompagné par nous autres.

Monique D., la grande ordonnatrice de cette soirée spéciale a tout piloté de main de maîtresse. Depuis l’écriture du conte [Jean, et si tu écrivais un conte musical en 6 chansons pour voix d’anges, ne te presse pas, réfléchis, ceci dit tout est déjà lancé on démarre dans trois semaines] en passant par le travail avec les trois cent douze classes [Jean, il va falloir que tu te rendes disponible pour les quatorze mois à venir, j’exige une présence totale et sans condition, réfléchis, prends le temps de me donner ta réponse, alors tu dis quoi ?] sans parler de quelques détails d’organisation [pour accompagner toi même tout ça, ce serait bien que tu apprennes à lire la musique et à jouer du piano, ça te plairait ?, allez au boulot] pour finir par la soirée elle-même [ne t’inquiètes pas tout va bien se passer, c’est à la bonne franquette comme je viens de le dire à l’inspecteur d’académie au sous-préfet et au recteur, à toute à l’heure, no stress, calme et détendu et pas de fausse note, ne me déçois pas]

Les enfants ont bien chanté. Anne Bustaret a bien aimé et elle le dira dans les colonnes de tas de journaux lus par des tas de gens qui peuvent faire beaucoup pour moi. Je, tu, il elle jubile, jubiles jubile , jubilons. Les enfants rient, tout le monde s’embrasse, que c’était bien, frais, joli, malin, écrit, simple et de bon goût, les petits se bousculent, me bousculent, on a bien chanté hein Jean, oui super !

Et puis…

Silence. Silence brusque et total. Un bébé pleure dans les bras de sa mère qui le fait taire immédiatement.

La foule se fend, car, vouté, tordu, béquillant, les yeux en vrac, le regard perçant et sondeur, le sourire carnassier et le visage ravagé par les ans la douleur et les soucis s’avance le Maird’Hinx.

Une gamine aux yeux pétillants, hilare trois seconde plus tôt, fond en larmes. Un éclair déchire le ciel que l’on aperçoit derrière les hautes baies de la Grandsald’Hinx, plongée brusquement dans le noir d’une panneedéeffe.

Clic, cloc fait le Maird’Hinx. Il me scrute en contre plongée. Je souris niaiseusement. Et puis il dit :

-          Vous marquerez la Chanson Française, et j’insiste sur la majusculisation de ce que je dis ! (j’entends les anges qui entament un chant de joie par dessus les grondements du tonnerre) Bien sûr, vous ne serez reconnu qu’après votre mort en deux mille vingt ou deux mille trente. C’est comme ça.

(y’a plus d’anges qui chantent)

La lumière revient.

Il se tait et passe à autre chose.

Monique D. me prend par le bras :

Il est étonnant hein ? Il est Maird’Hinx depuis plus de trente ans. Ne fais pas attention, il est un peu sorcier mais sans plus. À part Tchernobyl, l’assassinat de Martin Luther King, la séparation des Beatles et les dix derniers tiercés gagnants, il n’a rien prévu de très marquant. Tiens, viens par là, je vais te présenter à la sous-préfète.