XII Peripatétidor An II : quelque part au pied des Pyrénées

À peine étais-je descendu de scène ouverte au Printemps de Bourges l’année précédente, que ce grand gros René m’avait pris dans ses bras et serré fort, me couvrant de baisers ; son visage chaleureux était baigné de larmes (chaudes du coup) .

« Ça, mon gars, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu une telle émotion, oui, longtemps, tiens ! pas depuis un autre Jean, Ferrat celui-là ; je te le dis, t’es un grand, un grand encore petit, mais un grand, je le vois j’en suis sûr, crois en mon expérience et en plus t’es du Sud-Ouest moi aussi, de là-bas, au pied des Pyrénées, je suis chargé de la programmation d’un café théâtre, enfin c’est pour dépanner un copain parce qu’après je retourne à Paris et là, Trois Bedauts, Quatre baudets, Olympia, mes amis, le bras long, ah tu verras tu verras, je te présenterai, ça y est, non tu ne rêves pas, c’est toi c’est moi, regarde ton passé et ris, ris car René est là, tiens un contrat, là c’est mal payé mais c’est pour dépanner mon ami et après… allez à dans deux mois au pied des Pyrénées. »

« Oui, d’accord. »

… je jubile. Je viens de rencontrer René Canetti.

Au pied des Pyrénées, René n’est presque pas là. La semaine précédente, il m’avait fait parvenir une copie de l’article de présentation dithyrambique paru dans le journal local du pied des Pyrénées, écrit par ses soins dans lequel il était dit que lui René avait découvert moi Jean et leur donnait la chance à eux les habitants du pied des Pyrénées de me découvrir moi Jean grâce à lui René.

René m’a accueilli à ma descente de voiture et puis il est parti coller des affiches.

Le patron copain qu’il dépanne a l’air de vaguement le connaître. Moi, par contre il ne me connaît pas et me demande de bien vouloir lui présenter mon récital, oui là, derrière le bar, pas de chichis, montre moi ce que tu fais. Venez écouter les filles !

Les filles viennent écouter.

J’entame un premier demi-couplet.

Le patron me regarde, j’arrête de chanter, je le regarde. Il dit :

« C’est bien, mais … Qu’est ce que vous en disez les filles ?

-          C’est bien, il est mignon, mais pour ici…, c’est joli ce que tu chantes, mais ici, tu comprends, ce soir, ça serait pas, comment te dire…

-          Adapté ?

-          C’est ça, quel con ce René !

-          Bon, on ne se doit rien, le coup à boire me rembourse le déplacement jusqu’au pied des Pyrénées. La bise à René s’il revient. Au revoir Mesdemoiselles, y’a d’la joie partout y’a d’la joie.

-          Pou pou pidou !