Pleindevaires An 8 ( Café théâtre Les Faux Nez – Lausanne)

 

Nous buvons des coups.

Maurice F. n’a pas compris que je renonce au Printemps de Bourges où il m’invitait à chanter pour la troisième année consécutive. Enfin, si, il l’a compris mais m’a trouvé complètement fou.

Il a téléphoné à Jacques, des Faux-nez, pour lui dire que j’étais fou, que j’avais renoncé au Printemps pour trois soirs à Lausanne dans un café théâtre de vingt-huit places.

Jacques du coup, m’observe depuis mon arrivée avec un drôle d’air. Il se demande si je suis réellement fou.

Il me regarde, pensif, en se disant : « Pourquoi ce type là a-t-il renoncé à un passage à Bourges pour venir chanter ici devant trois suisses et demi ? ».

Il décide que c'est plus simple de me le demander.

Je lui dit que chez moi, la parole donnée, et caetera, et que ça ne se faisait pas de dire oui à un suisse puis de lui dire non après.

Ah bon... me dit-il après un silence assez long pendant lequel il laisse son regard un peu flou aller de ci de là cahin caha. 

Laisser passer le Printemps pour ça…

C’est quoi ça ?

C’est Lausanne et le grand lac.

C’est un dessin de Picasso dans l’escalier qui mène aux loges.

Jacques, à qui Franck-à-la-basse fait remarquer que son épouse est bien plus belle et plus jeune que lui, laisse son beau regard errer un peu partout autour de notre table et me répond que je suis fou d’avoir laissé passer une occasion comme celle du Printemps et que les dieux se vengent quand on ne prend pas les cadeaux qu’ils posent sur notre chemin.

Je lui réponds que c’est quand ils veulent nous punir que les dieux exaucent nos souhaits.

Il me répond que c’est le problème avec le panthéisme, on ne sait jamais quel dieu on va honorer ou quelle déesse on va froisser.

Moi, lui dis-je, je préfère froisser les dieux et honorer les déesses.

Il me répond que je suis fou de ne pas être allé à Bourges.

Je lui dis que j’y suis déjà allé deux fois mais que Lausanne, je n’y étais jamais allé.

Franck-à-la-basse et Vincent le guitariste, nous trois dans un hôtel nickel suisse.

Le musée de l’art brut.

Le spectacle fini, nous reprenons la conversation.

Jacques me dit que j’ai été fou de renoncer au Printemps de Bourges pour chanter chez lui. Il me le dit en pleurant.

Je pleure aussi et je lui dis que j’ai été fou de renoncer au Printemps de Bourges pour chanter chez lui et son épouse.

Claude Mauranne est arrivée de Paris mais très tard, après mon spectacle. Elle est floue.

Jacques me dit que je suis flou d’être ici à Lausanne au lieu de là-blas, à Blourges.