Le bonheur est au grenier,

Ô merveilleuses poussières !

Posé sur une étagère,

Dans une armoire, oublié…

Le bonheur est au grenier

Enfermé dans une malle

Une chouette aux yeux d’opale

Est gardienne de la clef.

Magazines empilés, albums qui

s’amoncellent,

Colonnes de livres qui, sans doute, ont été lus,

Un dernier carré d’objets, tenaces et fidèles,

Protège un temps révolu.

Tombé des tuiles cassées,

Un seul rayon de lumière

Fait danser les éphémères

Constellations du passé .

Là, sous un drap, le piano attend, droit et

sévère,

Que soit enfin joué ce prélude de Clementi,

Là, calé par un tableau, le fauteuil où mon

père

Asseyait ses insomnies.

Et là, le chapeau que Claire

M’empruntait cet été là,

Elle essayait de me plaire,

…Moi je ne la voyais pas !

Je ne vis qu’elle était belle

Que le jour de son départ,

Je ne fus amoureux d’elle

Qu’au moment des aurevoirs.

C’est ainsi que j’ai aimé,

C’est toujours ainsi que j’aime :

Un courant d’air, un poème,

Et me voilà chaviré !

Prends l’échelle de meunier,

Soulève la lourde trappe,

Vite ! avant qu’il ne s’échappe

Le bonheur est au grenier.

Combien reste-t-il d’années

Ou combien de secondes

Avant que tout ne soit plongé

Dans un sommeil profond ?

Mes mains tremblent au clavier

Et déjà se confondent

Les visages et les noms…

Ô saisons ! Ô châteaux !

Ma mémoire est en défaut.

Ma jolie boîte à musique,

Ma fragile mécanique

Aux vieux rouages grippés.

J’ai noté dans un cahier

Les souvenirs qui m’importent

Le vent de l’oubli emporte

Ce qui est à oublier.