(Mazurka pour un accordéon ivre)

 

Un soir, au Pont des Demoiselles,

Je suis allé

Et j’ai plongé

Sous son arche où un chant ruisselle.

Une Garonne blanche et noire

M’a emporté ;

J’ai dérivé

Sur un radeau plaqué d’ivoire.

Jeté en Atlantique

Tiré, soufflé…

Le vent sifflait

Pour moi ses mélopées celtiques

J’ai vogué d’Irlande en Galice,

Récifs et rocs,

Jusqu’au Maroc

Où les youyous vous étourdissent.

Mais dans ces mélodies nouvelles,

Souvent j’entends,

Étrange et lent,

Le chant du Pont des Demoiselles

Un chant, 

Un pont,

Un radeau qui dérive

L'océan,

Le grand vent,

Ma barque accordéon soufflée vers d'autres rives...

Les côtes d'Irlande,

Les côtes de Galice,

Les colonnes d'Hercule et le port de Tanger,

La Méditerranée,

Dauphins et mouettes,

Et puis un soir : "Terre ! Terre!"

Au loin, une plage, à Sète.

Le Canal du Midi où les eaux se reposent,

Et puis enfin,

Au loin,

La ville rose.